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Les intermittences de la mort


Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier.

Extrait de "Les intermittences de la mort".

Les intermittences de la mort


Le lendemain, personne ne mourut. Ce fait, totalement contraire aux règles de la vie, causa dans les esprits un trouble considérable, à tous égards justifié, il suffira de rappeler que dans les quarante volumes de l'histoire universelle il n'est fait mention nulle part d'un pareil phénomène, pas même d'un cas unique à titre d'échantillon, qu'un jour entier se passe, avec chacune de ses généreuses vingt-quatre heures, diurnes et nocturnes, matutinales et vespérales, sans que ne se produise un décès dû à une maladie, à une chute mortelle, à un suicide mené à bonne fin, rien de rien, ce qui s'appelle rien. Pas même un de ces accidents d'automobile si fréquents les jours de fête, lorsqu'une irresponsabilité joyeuse et un excès d'alcool se défient mutuellement sur les routes pour décider qui réussira à arriver à la mort le premier.

Extrait de "Les intermittences de la mort".

L'aveuglement


"La fraternisation ne dura pas longtemps. Profitant du tumulte, plusieurs aveugles s'étaient enfuis en emportant autant de caisses qu'ils le pouvaient, manière évidemment déloyale de prévenir d'hypothétiques injustices dans la distribution. Les personnes de bonne foi, et il y en a toujours quoi qu'on dise, protestèrent avec indignation que ce n'était pas des façons de faire."

Extrait de "L'aveuglement".

L'aveuglement

(...) car les yeux, les yeux proprement dits, n'ont aucune expression, les yeux sont deux billes inertes même quand ils sont arrachés, ce sont les paupières, les cils et aussi les sourcils qui ont la charge des diverses éloquences et rhétoriques visuelles, pourtant ce sont les yeux qui récoltent la renommée (...)

Extrait de "L'aveuglement".

Les intermittences de la mort

Au 12 coups de minuit célébrant une nouvelle année, la mort décide brutalement de ne plus frapper les habitants d'un pays. Il y a des malades, des agonisants, des comateux mais aucun décès.

Du livre "Les intermittences de la mort"

Donde ?

L'hommage de Saramago à Obama

L'écrivain portugais José Saramago, prix Nobel de littérature 1998 et militant communiste convaincu, a rendu un vibrant hommage à Barack Obama, se demandant «d'où est sorti cet homme?», «venu nous dire qu'un autre monde est possible».

Dans la note publiée sur son blog et sobrement intitulée «Donde?» («D'où?»), l'écrivain, âgé de 86 ans, s'interroge: «D'où est sorti cet homme?»

«Je ne vous demande pas où il est né, qui sont ses parents, quelles études il a faites, quel projet de vie il s'est dessiné pour lui et sa famille. Tout cela, nous le savons plus ou moins», écrit Saramago.

«Quand je demande d'où sort Obama, je manifeste ma perplexité de voir que ce temps dans lequel nous vivons, cynique, désespérant, sombre, terrible dans mille de ses aspects, a engendré une personne (c'est un homme, mais ce pourrait être une femme) qui lève la voix pour parler de valeurs, de responsabilité personnelle et collective, de respect pour le travail et aussi pour la mémoire de ceux qui nous ont précédés dans la vie.»

«Ces concepts qui, à une époque, ont été le ciment d'une société humaine meilleure ont souffert pendant longtemps du mépris des puissants, ceux-là mêmes qui, à partir d'aujourd'hui (soyez-en sûrs), vont revêtir à la hâte le nouveau costume et clamer sur tous les tons: “Moi aussi, moi aussi”.»

«Barack Obama, dans son discours, nous a donné des raisons (les raisons) pour que nous ne nous laissions pas abuser. Le monde peut être meilleur que celui auquel nous paraissions avoir été condamnés. Au fond, ce qu'Obama est venu nous dire, c'est qu'un autre monde est possible. Beaucoup d'entre nous le disions déjà depuis longtemps. Peut-être est-ce l'occasion d'essayer de nous mettre d'accord sur la façon et la manière. Pour commencer», conclut l'écrivain.

Cauchemar

Il y a une terreur de mains à l’aube,
Un grincement de porte, une défiance,
Un cri perforant comme une épée,
Un oeil exorbité qui m’épie.
Il y a un fracas de fin et d’éboulement,
Un malade qui déchire une ordonnance,
Un enfant qui pleure suffoqué,
Un serment que personne n’accepte,
Un coin de rue qui saute d’embuscade.
Un rire noir, un bras qui rejette,
Un reste de nourriture mâchée,
Une femme rouée de coups qui se couche.

Neuf cercles d’enfer eut le rêve,
Douze épreuves mortelles à vaincre,
Mais le jour naît, et je recompose le jour :
Il le fallait, amour, il le fallait.

Les Poèmes possibles
(Os Poemas Possíveis, 1966)
Ed. Jacques Brémond – Traduction de Nicole Siganos

Les poèmes possibles

...” De moi à l’étoile un pas me sépare :
Eclays de la même lumière que dispersera
Dans l’accidsentelle explosion de la naissance,
La gloire solaire de la pensée”
...
“ Le quel de nous je trompe quand frère
Dans ces vers je t’appelle ?
Ce ne sont des sours les feuilles qui du sol
Regardent les autres sur la branche.
Mieux vaut accepter la solitude,
Vivbre en colère comme le chien
Qui ronge sa muselière. “
...
“ Que peux-tu me dire de plus que je ne sache,
Veine du soleil saignant sur la terre,
Douce éraflure de brouillard réfracté
Entre le bleu de la mer et le ciel rouge ?
Il y a déjà tant de couchants dans ma mémoire,
Tant de doigts de feu sur les eaux,
Que tous se confondent quand, la nuit,
Le soleil couché, se ferment les yeux.”

Traduits du portugais par Nicole Siganos.

Poema da boca fechada

Não direi:
Que o silêncio me sufoca- e amordaça.
Calado estou, calado ficarei,
Pois que a língua que falo é doutra raça.

Palavras consumidas se acumulam,
Se represam, cisterna de águas mortas,
Ácidas mágoas em limos transformadas,
Vasa de fundo em que há raízes tortas.

Não direi:
Que nem sequer o esforço de as dizer merecem,
Palavras que não digam quanto sei
Neste retiro em que me não conhecem.

Nem só lodos se arrastam, nem só lamas,
Nem só animais boiam, mortos, medos,
Túrgidos frutos em cachos se entrelaçam
No negro poço de onde sobem dedos.

Só direi,
Crispadamente recolhido e mudo,
Que quem se cala quanto me calei
Não poderá morrer sem dizer tudo.

Poème à bouche fermé

Je ne dirai pas :
Que le silence me suffoque et me bâillonne.
Muet je suis, muet je resterai,
Puisque la langue que je parle est d’une autre espèce.

Paroles consumées qui s’accumulent
Qui se répriment, puits d’eaux mortes,
D’âcres peines transformées en limon,
Fond de vase où restent des racines tortueuses.

Je ne dirai pas :
Qu’ils ne méritent pas même l’effort de les dire,
Les mots qui ne disent pas tout ce que je sais
Dans ce refuge où ils ne me connaissent guère.

Il n’y a pas que de la boue charriée, pas que de la fange,
Pas que des animaux flottant, morts, pas que des peurs
Des fruits turgides s’entrelacent en grappes
Dans le puit noir d’où s’élèvent des doigts.

Je dirai seulement,
Convulsivement replié et muet
Que celui qui se tait quand je me suis tu
Ne pourra mourir sans tout dire.

Les poèmes possibles (Os Poemas Possíveis, 1966)

Levantado do chão

Todos os dias têm a sua história, um só minuto levaria anos a contar, o mínimo gesto, o descasque miudinho duma palavra, duma sílaba, dum som, para já não falar dos pensamentos, que é coisa de muito estofo, pensar no que se pensa, ou pensou, ou está pensando, e que pensamento é esse que pensa o outro pensamento, não acabaríamos nunca mais.


Aimer

Aimer est probablement la meilleure façon d'avoir,
avoir est sûrement la pire façon d'aimer.

Attendre

Les réponses ne viennent pas toujours quand elles le devraient, et il arrive même souvent que la seule réponse possible soit de rester simplement à les attendre.

Les larmes

Peut-être les larmes ne sont-elles que l'adoucissement d'une offense.

La plus grand sagesse


La plus grande sagesse de l'homme c'est encore de savoir se contenter de ce que l'on a en attendant qu'on invente mieux.

Réponse et question


Chaque chose au monde porte en elle sa réponse, ce qui prend du temps ce sont les questions.

Le hasard


Le hasard ne choisit pas, il propose.

De-ci de-là


Peut-être le monde serait-il un peu plus vivable si nous savions comment réunir des mots qui errent de-ci de-là.

Simplifier


Les gens équilibrés sont ainsi, ils ont l'habitude de tout simplifier et après, mais toujours trop tard, on les voit s'étonner de l'inépuisable diversité de la vie.

A Lingua Portuguesa

Este país (Portugal) é o exemplo de algumas coisas negativas, mas é o meu país. Descobri, há pouco tempo, que a língua mais bonita do mundo é o português. Talvez por viver no estrangeiro, comecei a saborear as palavras e a reconhecer a sua beleza melódica.