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C'était comme ça

Pénible existence, celle qu'on menait sur le morne de Châtre-Nègre. Tous ces hommes travaillaient dur, les uns au port, chargeant et déchargeant les navires, ou coltinant les malles, d'autres dans des usines lointaines ou à de petits métiers sans grand profit : cordonnier, tailleur, barbier. Les négresses vendaient des gâteaux de riz, du mungunsa, du sarapatel, de l'acarajé, dans les rues tortueuses de la ville, ou bien elles lavaient du linge, ou bien elles étaient cuisinières chez les riches des faubourgs chics. La plupart des enfants travaillaient eux aussi. Ils étaient cireurs, garçons de courses, crieurs de journaux. Certains allaient dans de belles maisons où ils étaient élévés par des familles riches. Le reste se répandait sur les pentes du morne en jeux, en courses et en batailles. Ceux-là, c'étaient les plus jeunes. Ils savaient de bonne heure quel serait leur destin : grandir, pour aller au port où ils courberaient les dos sous le poids des sacs de cacao, ou bien gagner leur vie dans les usines énormes. Et ils ne se révoltaient pas, parce que depuis longtemps c'était comme ça.

De "Bahia de Tous les Saints", Première enfance.
Un roman traduit du brésilien par Michel Berveiller et Pierre Hourcade.
Au Club Français du Livre 1954.

Une journée de printemps




Le Professeur chercha une bougie, l'alluma, se mit à lire l'article du journal. Lampião était entré dans un village de l'Etat de Bahia, avait tué huit soldats, violé des jeunes filles, pillé les coffres de la Préfecture. Le visage sombre de Coud-Sec s'illumina. Sa bouche serrée s'ouvrit dans un sourire. Et, encore tout heureux, il quitta le Professeur qui éteignit la bougie pour se diriger vers son coin. Il emportait le journal pour découper la photo du groupe de Lampião. En lui montait la joie d'une journée de printemps.

Note : Lampião était un bandit brésilien célèbre.

De Capitaines des Sabres, Jorge Amado
Traduit du portugais par Vanina

Dalva


Des nuits et des nuits, le Chat retourna au même coin de rue, seulement pour la voir. Maintenant, tout ce qu'il acquérait en argent passait à l'achat des complets usés et à se rendre élégant. Il avait le don de l'élégance apache qui réside plus dans la façon de marcher, de poser le chapeau et de nouer négligemment une cravate que dans les vêtements à proprement dire.


Le Chat désirait Dalva de la même façon qu'il désirait manger lorsqu'il avait faim, qu'il désirait dormir lorsqu'il avait sommeil.

Il ne répondait déjà plus à l'appel des autres femmes lorsque après minuit, ayant déjà pourvu aux dépenses du lendemain, elles voulaient alors l'amour juvénile du petit voyou.


De "Capitaines des sables"
(traduit par Vanina)