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La troisième rive du fleuve
- "Père, vous êtes vieux, vous avez déjà fait ce que vous deviez faire... Maintenant vous venez, ce n'est plus la peine... Vous venez, et moi, tout de suite, quelle que soit l'heure, selon notre désir à tous le deux, je prends votre place, la vôtre, sur la barque !..." Et, parlant de la sorte, mon coeur battit dans un rythme plus juste.
Je souffris le grave froid des peurs, je tombai malade. Je sais que personne n'eut plus de ses nouvelles. Suis-je un homme, après cette défaillance ? Je suis celui qui ne fut pas, celui qui se taira désormais. Je sais que maintenant c'est trop tard, et je crains que ma vie ne s'abrège dans les déserts du monde. Mais, alors, au moins, qu'à l'article de la mort, on me prenne et on me dépose aussi dans une petite barque de rien du tout, dans cette eau, aux longues rives, qui ne s'arrête pas : et moi dans le fleuve à vau-l'eau, en aval, en amont - le fleuve.
Il m'écouta. Se leva. Il mania la rame dans l'eau, il s'avançait vers ici, il était d'accord. Et je tremblait, profondément, tout d'un coup : parce que, juste avant, il avait levé le bras et fait un geste de salut - le premier, après tant d'années écoulées ! Et moi je ne pouvais... De terreur, les cheveux hérissés, je courus, je fuis, je me tirai de là, dans un acte de démence. Parce qu'il me sembla venir : de l'au-delà. Et je me demande, demande, demande pardon.
Je souffris le grave froid des peurs, je tombai malade. Je sais que personne n'eut plus de ses nouvelles. Suis-je un homme, après cette défaillance ? Je suis celui qui ne fut pas, celui qui se taira désormais. Je sais que maintenant c'est trop tard, et je crains que ma vie ne s'abrège dans les déserts du monde. Mais, alors, au moins, qu'à l'article de la mort, on me prenne et on me dépose aussi dans une petite barque de rien du tout, dans cette eau, aux longues rives, qui ne s'arrête pas : et moi dans le fleuve à vau-l'eau, en aval, en amont - le fleuve.
Extrait de
La troisième rive du fleuve
1962
Traduit par Ines Oséki Depré
Premières histoires
Editions Métaillé.
Les langues
Je pense qu'étudier l'esprit et le mécanisme des autres langues aide beaucoup à une compréhension plus profonde de sa propre langue. Principalement quand on étudie pour le divertissement, par goût et pour le plaisir.
Février
Le jour, c'est une horreur de chaleur, mais vers le soir le temps fraîchit, et à l'aube on est transi de froid, vous connaissez. Nous brûlions des feuilles d'arapavaca pour chasser les guêpes. Ce qui est très joli, lorsque le tison allumé crépite sans fin en étincelles - en langues et languettes-guettes de feu. Diadorim était ma joie. Nous soufflions le feu, ensemble, agenouillés en face l'un de l'autre. La fumée s'élevait, nous faisait tousser et pleurer. On riait. Même que février est le mois le plus minuscule : mais c'est le moment où toutes les noix de coco mûrissent sur les buritis, et quand le ciel se vide de pluie, on découvre réunies toutes les étoiles de toute l'année. Je riais chaque fois.
Diadorim
De João Guimarães Rosa
(traduit par Maryvonne Lapouge-Pettorelli)
(traduit par Maryvonne Lapouge-Pettorelli)
João Guimarães Rosa - oeuvres
João Guimarães Rosa
Œuvres
1929 - Caçador de camurças, Chronos Kai Anagke, O mistério de Highmore Hall y Makiné.1936 - Magma.1946 - Sagarana.1947 - Com o Vaqueiro Mariano1956 - Corpo de Baile.1956 - Grande Sertão: Veredas.1962 - Primeiras Estórias.1967 - Tutaméia – Terceiras Estórias.1968 - Em Memória de João Guimarães Rosa (posthume).1969/70 - Estas Estórias et Ave, Palavra (posthumes).
Œuvres
1929 - Caçador de camurças, Chronos Kai Anagke, O mistério de Highmore Hall y Makiné.1936 - Magma.1946 - Sagarana.1947 - Com o Vaqueiro Mariano1956 - Corpo de Baile.1956 - Grande Sertão: Veredas.1962 - Primeiras Estórias.1967 - Tutaméia – Terceiras Estórias.1968 - Em Memória de João Guimarães Rosa (posthume).1969/70 - Estas Estórias et Ave, Palavra (posthumes).
Traductions françaises
Diadorim, trad. de Grande Sertão: veredas, nouvelle traduction de M. Lapouge-Pettorelli, 1991.
Toutaméia, Seuil, 1999
Mon oncle le jaguar, Albin Michel, 1998.
Sagarana, Albin Michel, 1997.
Hautes plaines, Seuil, 1969.
Les Nuits de Sertao. Buriti, tome 2, Seuil, 1962.
Buriti, Seuil, 1956.
João Guimarães Rosa
João Guimarães Rosa (Cordisburgo, Minas Gerais, 27 juin 1908 - Rio de Janeiro, 19 novembre 1967) est un médecin, écrivain et diplomate brésilien, auteur de romans et de nouvelles dans lesquels le sertão est le cadre de l'histoire.
Il fut membre de l'Académie brésilienne des lettres, et son œuvre la plus connue est Grande Sertão: Veredas, 1956.
Source : Wikipédia.
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